Afrique (Femmes entrepreneures) / Nialé Kaba plaide pour un financement équitable!
L'adresse de la ministre à Rabat (Maroc)
En marge de l’Aif (Africa investment forum) et dans le cadre de l’évènement ‘’Afawa’’ consacré au financement des femmes entrepreneures, Nialé Kaba, ministre ivoirienne de l’Économie, du plan et du développement, a appelé vendredi 28 novembre 2025, à Rabat au Maroc, à une mobilisation accrue des acteurs publics et privés pour corriger les inégalités persistantes dans l’accès au capital.
Elle a rappelé que les femmes constituent la colonne vertébrale des économies africaines et que l’Afrique affiche le taux d’entrepreneuriat féminin le plus élevé au monde (24 %). Pourtant, près de 60 millions d’entrepreneures subsahariennes font face à un déficit de financement dépassant 40 milliards Usd, accentué par des exigences de garanties trop strictes et une perception erronée du risque.
Les données montrent pourtant que ces entrepreneures sont rentables et fiables : le taux de prêts non performants n’est que de 4,4 %, et elles réinvestissent 90 % de leurs revenus dans leur communauté.
Mme Kaba a mis en avant le financement mixte comme outil clé pour corriger les défaillances du marché. L’initiative Afawa de la Bad en est une démonstration, avec 2,8 milliards Usd approuvés et plus de 1,7 milliard mobilisé en faveur de milliers de femmes à travers le continent.
Elle a également présenté les avancées de la Côte d’Ivoire, notamment le Statut national de l’étudiant-entrepreneur, le Gude-Pme et la Sgpme, le Fafci — qui a déjà soutenu 370 000 femmes avec un taux de remboursement de 98 % — ainsi que les Obligations de Genre comme l’obligation ‘’Ellever’’.
Nialé Kaba a conclu en lançant un appel aux gouvernements, aux institutions financières et aux partenaires techniques pour amplifier le financement des femmes entrepreneures, affirmant que celles-ci représentent « un potentiel économique immense que nous devons transformer en victoire collective pour l’Afrique ».
Riche Ouattara avec Dcrp-Mepd
L'adresse de Nialé Kaba du gouvernement ivoirien
Madame la Vice-présidente principale, chère sœur,
Madame la Directrice du département genre, femmes et société civile,
Distingués investisseurs, partenaires,
Mesdames et Messieurs, tout protocole respecté.
C’est un plaisir de vous retrouver ce matin à Rabat, dans le cadre de l’évènement AFAWA, qui est consacré au financement des femmes entrepreneures.
Ces derniers jours, lors de l'Africa Investment Forum (AIF), nous avons échangé autour de grands projets et de milliards de dollars lors des Boardrooms. Ces projets structurants sont essentiels pour la transformation structurelle et le développement économique des pays africains
Mais j'affirme qu'est toute autant essentielle, une meilleure allocation du capital privé basée sur des critères d’équité et de risque objectifs.
Mesdames et Messieurs, partout en Afrique, les femmes constituent la colonne vertébrale de nos économies.
Elles animent les chaînes de valeurs agricoles, dominent les PME du commerce et renforcent les services de proximité.
Le continent africain affiche d’ailleurs le taux d'entrepreneuriat féminin le plus élevé au monde, s'établissant à 24 %.
Ce marché est en pleine expansion, et on s’attend à avoir 239 millions de femmes entrepreneures d'ici 2035, contre 194 millions en 2025.
Pourtant, malgré ce dynamisme, leurs ambitions se heurtent à un mur à cause de la persistance de préjugés et de pratiques limitantes.
On estime à environ 60 millions le nombre d'entrepreneures en Afrique subsaharienne qui font face à un déficit de financement de plus de 40 milliards USD. Ce déficit est en partie dû à une faible inclusion financière et bancaire, puisqu'une femme sur cinq seulement a accès à un compte bancaire professionnel
Les chiffres cités ne sont pas de simples statistiques.
Ils révèlent autant de talents bridés, d’initiatives freinées et de potentiels économiques inexploités.
Nous ne pouvons tolérer cette inefficacité dans l’allocation des capitaux si nous visons l'émergence de notre continent.
En réalité, les données disponibles révèlent une opportunité claire d'investissement dans les femmes.
Premièrement, l’argument du risque est largement contredit par les faits. Les femmes entrepreneures présentent un faible risque réel, le taux moyen de prêts non performants n'étant que de 4,4 %.
Deuxièmement, elles représentent des investisseurs de qualité grâce à leur fort impact dans la société : elles réinvestissent 90 % de leurs revenus dans la communauté.
L’inefficacité dans l’allocation des capitaux selon le genre réside dans la défaillance systémique du marché à deux niveaux :
- L’exigence des garanties pour les prêts
- La perception subjective du risque
Les femmes entrepreneures d’Afrique, du fait de leurs caractéristiques socioéconomiques, sont pour la plupart exclues du système financier (banques, investisseurs privés) car elles peinent à fournir le collatéral exigé.
Le financement mixte comme outil de correction
C’est précisément face à cette défaillance du marché, dans un contexte où la rentabilité est avérée mais le capital fait défaut, que l'État et les institutions comme la Banque africaine de développement doivent intervenir pour activer un outil de correction.
C'est là que le financement mixte prend tout son sens.
Le financement mixte permet de combiner des ressources publiques, des capitaux concessionnels et des investissements privés. Son rôle est stratégique : il vise à remplacer le collatéral que la femme ne peut pas fournir.
Grâce à des mécanismes ciblés tels que le partage des risques, les garanties et le capital concessionnel, il devient possible de réduire le risque de prêt perçu par les banques, d’inciter les banques commerciales à s’impliquer et d’attirer des capitaux privés à grande échelle vers ce groupe à fort potentiel, que constitue les femmes entrepreneures.
L’initiative panafricaine AFAWA de la BAD démontre déjà l'efficacité de cet instrument.
À date, AFAWA a approuvé un total de 2,8 milliards de dollars de financements, dont 1,33 milliard de dollars déjà décaissés, impactant près de 25 000 femmes via des partenariats avec 195 institutions financières dans 45 pays membres régionaux. AFAWA a également mobilisé plus de 1,7 milliard USD, soutenant 18 000 femmes entrepreneures.
À côté de l’initiative AFAWA, la Côte d’Ivoire a créé un dispositif national qui permet la sécurisation de toute la chaîne de valeur, de l’idée au financement.
Nous utilisons le financement mixte pour faciliter l’accès au crédit des entreprises féminines, lesquelles représentent environ 20 % du tissu économique formel.
Parmi les dispositifs spécifiques mis en place pour pallier la défaillance de marché :
- Le Statut national de l'étudiant-entrepreneur : Nous agissons à la racine pour dé-risquer par la compétence, en donnant aux jeunes filles un cadre légal, un mentorat et une crédibilité avant leur premier prêt bancaire
- Le Guichet unique de développement des PME (GUDE-PME) : Ce véhicule national de financement mixte intègre la société de garantie d'État, la SGPME, dont la mission est d'apporter la contre-garantie de l'État pour que les banques ouvrent leurs coffres aux PME, dont celles dirigées par des femmes;
- Le Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI) : Cette initiative de la Première Dame, Madame Dominique Ouattara, est un fonds de crédit qui a permis de financer les activités génératrices de revenus de près de 370 000 femmes depuis sa création en 2012
Le FAFCI affiche un taux de remboursement exceptionnel de 98 % et un taux d'intérêt de prêt atteignant à peine 1 %;
- Les Obligations de Genre (Gender Bonds) : Des entités comme Ecobank Côte d’Ivoire ont émis, avec l’appui de la SFI et du ALCB Fund, des obligations spécifiquement destinées au financement des entreprises dirigées par des femmes, comme l’obligation « Ellever » qui a accompagné plus de 3500 entreprises féminines.
Les succès de ces programmes démontrent clairement que le financement mixte est un levier puissant pour débloquer le potentiel économique des femmes.
En combinant le soutien gouvernemental, les garanties des partenaires au développement et les investissements du secteur privé, nous progressons vers une plus grande inclusion financière.
Le financement mixte est un outil stratégique innovant que nous devons utiliser massivement pour accroître l’accès au capital de nos sœurs entrepreneures, en vue de libérer leur plein potentiel.
Je lance donc un appel :
- Aux gouvernements : Simplifions les procédures, facilitons l’accès au financement des femmes
- Aux institutions financières : Innovons, développons des produits adaptés, changeons nos modèles d’évaluation du risque
- Aux partenaires techniques et financiers : Renforçons notre soutien à AFAWA et aux initiatives similaires
- Aux braves femmes africaines : Continuez de porter haut votre ambition, car votre réussite est celle de tout un continent
Nos braves femmes entrepreneures représentent des mines d’or sous-exploitées, mal entretenues en Afrique.
Il suffit de mettre à disposition les instruments financiers et une volonté politique forte pour qu'ensemble nous transformions cet immense potentiel en victoire collective
Je vous souhaite de fructueux échanges et vous remercie pour votre aimable attention.


Par BSC-NEWS