Côte d’Ivoire (Données personnelles) / Pour la protection, l’Afrique prend un grand engagement à Abidjan

Côte d’Ivoire (Données personnelles) / Pour la protection, l’Afrique prend un grand engagement à Abidjan
Les enjeux du numérique en Afrique se jouent à Abidjan. (ph : dr)

La commune de Port-Bouët, dans le district autonome d’Abidjan, a abrité, lundi 18 mai 2026, l’ouverture de la 9e Conférence international du réseau africaine des autorités de protection des données personnelles (RAPDP). Vingt-quatre délégations africaines réunies ont entendu des discours d'une rare densité politique. Ministres, régulateurs et experts ont parlé d'une même voix : l'Afrique doit cesser de subir les règles du numérique mondial et commencer à les écrire.

La cérémonie avait un double sens pour la Côte d'Ivoire. Elle marquait aussi la première sortie officielle du nouveau Conseil de régulation de l’autorité de régulation des télécommunications/Tic de Côte d'Ivoire (ARTCI) que pilote Roger Félix Adon installé le 11 mai 2026. Prenant la parole, il a précisé que « cette cérémonie revêt, pour nous, une signification toute particulière. Elle marque symboliquement l'entrée en responsabilité du nouveau Conseil, dans un domaine qui est au cœur des enjeux contemporains de régulation.» 

Devant le général Vagondo Diomandé, ministre de l'Intérieur et de la sécurité, et Djibril Ouattara, ministre de la Transition numérique, Roger Félix Adom a exprimé sa gratitude au Président Alassane Ouattara pour la confiance accordée, avant de s'engager publiquement à « servir l'État avec loyauté, rigueur, humilité et sens élevé de l'intérêt général ». Pour lui, la donnée personnelle n'est pas une ressource comme les autres. Elle touche à la personne humaine.  Elle touche à sa vie privée. Elle touche à son identité. Elle touche à sa dignité. Elle touche à sa liberté. Elle touche à sa sécurité.».

« REGULER SANS FREINER L'INNOVATION »
Quant au ministre Djibril Ouattara, il a épilogué sur le thème de cette conférence : ‘’Le défi central de notre époque : réguler sans freiner l'innovation.’’. Plus de 35 pays africains disposent d'une législation sur la protection des données. Ce qui est un progrès indéniable. Mais la réalité du terrain est toute autre, selon le ministre ivoirien : « Cette fragmentation fragilise les flux transfrontaliers et ralentit la construction d'une véritable souveraineté numérique africaine. ». Face à ceux qui voient dans la régulation un obstacle à l'innovation, Roger Félix Adom est revenu à la charge et a opposé une définition en trois temps, formulée comme un plaidoyer : « Réguler ne signifie pas bloquer. Réguler ne signifie pas ralentir. Réguler signifie créer un cadre clair, équitable, protecteur et prévisible.». Ce cadre, précise-t-il, doit permettre aux innovateurs d'innover, aux entreprises de se développer, aux administrations de se moderniser, tout en protégeant les citoyens.

L'Autorité de régulation des télécommunications/Tic de Côte d'Ivoire (ARTCI), dans ce contexte, entend jouer un double rôle, c’est-à-dire protéger les données personnelles des Ivoiriens, mais aussi accompagner les entreprises, start-ups, institutions financières et acteurs de la santé dans leur mise en conformité. Le bilan ivoirien présenté lors de la conférence, est programmatique et s’est articulé sur la loi 2013-2030, les campagnes de sensibilisation dès 2015, les contrôles de conformité en 2022, le Forum national en 2023, les normes simplifiées en 2025, le fichier national des correspondants en 2026. Au-delà des engagements nationaux, c'est une vision géopolitique du numérique africain qui s'est exprimée à Abidjan.

Et Roger Félix Adom l'a formulée : « L'Afrique ne doit pas seulement être un espace de consommation numérique. Elle doit être un espace de pensée, de régulation, d'innovation, de production de normes et de défense des droits de ses citoyens. » Même son de cloche pour Djibril Ouattara : « Il nous revient désormais de transformer nos ambitions en actes et en engagements pour des résultats plus tangibles. La confiance numérique doit devenir le socle de notre avenir et le moteur de notre développement.».

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